C'est par hasard que nos pas se sont croisés. Dans l'atelier de François
, "Bonjour Marie-Magda!. Un bout de temps que l'on ne s'est pas vu!"! Cette fois-ci, j'étais plus à l'aise. "Bonjour Jé" "Alors toujours en vadrouille?" Ma question l'interpellait. Visiblement, il n'a pas trop aimé ma réflexion. "Oui, Marie-Magda, bien sûr, apparemment je me ballade, mais sais-tu que je bosse actuellement, ici? "Ah, oui?" "Et comment?". Mes questions malicieuses, le font sourire. Il en avait vu d'autre. Je commençais à l'apprécier. Il aurait pu être agressif. Se défendre. Me mettre en difficulté avec des remarques bien placées. Il n'en était rien et sa réponse m'a laissée pantois. "Je suis venu dans ce monde pour promouvoir le Royaume de Dieu"(1). Paf! Rien que ça! Même s'il m'était devenu plus sympathique qu'auparavant, je n'ai pas pu m'empêcher de penser qu'il était un doux rêveur. Il a du lire dans mes pensées puisqu'il ajouta: "Marie-Magda, je ne rêve pas et figure-toi que j'ai besoin de gens comme toi pour réaliser ma vision". Le choc! Je détourne la conversation. Et m'intéresse au dernier tableau de François: une lame de scie circulaire collée sur un fond de bois.

La lame broie un amas de feuillets pris dans la peinture à même le tableau. Jé a suivi mon regard. "Tu vois, Marie-Magda, le Royaume que je veux installer n'est pas de ce monde, mais il se situe juste entre cette lame et ces feuillets froissés". "Là où ça fait mal. Là où l'espérance s'est évanouie". "Tu sais, Jé, Dieu a mauvaise presse ici". "Et ce n'est pas tellement parce qu'il a foiré avec les hommes, mais parce que les hommes ont foiré avec lui". "Ses églises, c'est comme une entreprise qui a une telle mauvaise réputation, qu'elle n'arrive plus à trouver de nouveaux clients. Les croisades, l'inquisition, la bêtise des prêtres qui condamnent une sommité comme Galilée, les deux guerres mondiales qui se sont déroulées dans le fief judéo-chrétien. la shoah, les prêtres pédophiles et j'en passe, autant de casseroles que traînent les ecclésiastiques. Et tu veux te lancer avec ton Royaume?" Ma tirade ne l'a nullement choqué. Il a même ajouté: "Et tu oublies les femmes et le sort que le christianisme leur a réservé!" Je m'attendais à ce qu'il soit sur la défensive. Il n'en était rien. "Marie-Magda, tu permets que je t'appelle Marie-Mag?" Apparemment, il a aimé mes critiques. "Oui, bien sûr!". "Marie-Mag, j'ai besoin de toi pour construire mon nouveau monde! Tu oses regarder le christianisme dans les yeux". Je n'étais pas encore prêt à suivre ce rêveur…
(1) Marc 1:14 et 15