Dans la taverne, Jé commanda un verre d'eau. D'habitude il buvait une bière ou un verre de vin. Il était probablement encore sous pression, après l'épisode de la Madeleine. D'ailleurs les discussions allaient bon train, au sujet des questions d'argent dans l'église. Les cops n'étaient pas tous d'accord avec lui. "Et comment tu financerais?". Jé ne se fit pas prier. Il adorait discuter sur l'argent, non pas qu'il était obsédé par celui-ci, mais simplement parce qu'il estimait que l'église se faisait manger par ce pouvoir omniprésent dans la société actuelle. Il poursuivit: "L'église souffre du troubadourisme". "Une contraction entre "troubadour" et "tourisme". Une grande partie des gens vivent dans des "châteaux-conforts" comme les châtelains du Moyen-Âge". "Leur grande richesse, c'est le temps, puisque des plus pauvres triment pour eux dans le sud-est asiatique ou ailleurs, comme les serfs dans nos contrées occidentales à l'époque". "Il faut donc s'occuper et les églises se transforment en centre de loisirs spirituo-socio-culturels". De ce fait, il faut beaucoup d'argent pour faire tourner la machine!". "On n'hésite pas à racketer les fidèles, pour arriver à des standards que Dieu n'a jamais exigé!" "Faut-il avoir un plafond d'éclairage à un million de francs suisses, dans une église, pour soi-disant correspondre aux exigences esthétiques de nos concitoyens?". "Nous construisons des "cathédrales", qui ne servent pas à grand chose pour les gens autour de nous". Pierre comme à son habitude, avait un avis différent: "Comment tu veux attirer du monde, sans offrir des activités à la hauteur des exigences de notre public? Ils sont éduqués à avoir des produits culturels de haut niveau. On n'attrape pas des mouches avec du vinaigre". Jé ne s'est pas démonté. Il aimait la contestation intelligente. "Pierre, c'est bien ça le problème, c'est que nous considérons les personnes qui viennent à l'église comme un public et non comme des disciples. Nous évaluons notre spiritualité à la performance et non au bien que nous faisons à la société. Celui qui donne un verre d'eau à un "serf" d'aujourd'hui, c'est celui qui est performant et pas celui qui remplit son église!".